Article · 2026-05 · par Suzie Mondésir

L’injustice épistémique en organisation, expliquée simplement

L’injustice épistémique désigne le tort fait à une personne dans sa capacité de savoir et d’être crue, et elle est au cœur de la recherche doctorale de Suzie Mondésir.

L’injustice épistémique désigne le tort fait à une personne dans sa capacité de savoir et d’être crue. Ce concept, encore peu mobilisé en management, éclaire des dynamiques que les approches EDI classiques ne parviennent pas toujours à nommer.

Deux formes principales

La philosophe Miranda Fricker, qui a forgé le terme, distingue deux formes fondamentales. La première est l’injustice testimoniale : la crédibilité d’une personne est systématiquement sous-évaluée en raison d’un préjugé lié à son identité (genre, origine, accent, apparence). La seconde est l’injustice herméneutique : la personne manque des concepts ou du vocabulaire pour interpréter et communiquer sa propre expérience, parce que ces outils n’ont pas été créés pour elle.

Exemples concrets en milieu de travail

Ces deux formes prennent des visages très reconnaissables dans les organisations.

  • Injustice testimoniale : une professionnelle racisée soulève un enjeu de sécurité lors d’une réunion. Sa remarque est ignorée. Cinq minutes plus tard, un collègue formule la même observation et récolte les crédits. Son identité a réduit son crédit épistémique avant même qu’elle ait fini sa phrase.
  • Injustice herméneutique : un employé de première génération dans un milieu professionnel ne sait pas nommer ce qu’il vit quand il sent qu’on le traite différemment dans les réseaux informels. L’absence de concept partagé l’empêche de le signaler et empêche l’organisation de le reconnaître.
  • Cumul des deux formes : une femme noire en position de cadre intermédiaire voit ses analyses écartées en réunion, puis n’obtient pas de retour sur sa méthode de travail, faute de critères d’évaluation adaptés à son profil de leadership. Les deux injustices se renforcent.

Le lien avec la sous-représentation aux postes stratégiques

La recherche doctorale de Suzie Mondésir mobilise précisément ce concept pour comprendre la sous-représentation intersectionnelle aux postes stratégiques. Quand les personnes issues de groupes marginalisés voient leur expertise constamment mise en doute, elles se retirent des espaces de prise de parole, restreignent leurs ambitions ou quittent l’organisation. Le déficit de représentation au sommet n’est alors pas une question de bassin de relève, mais une conséquence d’injustices répétées dans la transmission et la reconnaissance du savoir.

Pour approfondir ce sujet, consultez le glossaire EDI ou lisez les travaux cités dans la section recherche.

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